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Patrimoine culturel

Le Prieuré Saint-Sauveur

La fondation du prieuré Saint-Sauveur est attribuée au roi Robert le Pieux (9701031) mais l'église et sa crypte ont été édifiées dès la seconde moitié du Xème siècle. Louis VII donne le prieuré à l'abbaye Saint-Séverin de Château-Landon en 1170. Commence alors une période de prospérité et le début de la reconstruction des parties hautes de l'édifice : les arcs brisés de la nef, la base des colonnettes du cloître sont de cette époque. L'aide financière de l'abbaye Saint-Séverin permet une reconstruction du cloître ainsi que des remaniements et ornementations dans la nef durant la première moitié du XVIème siècle. L'historien E. Grésy évoque en 1840 des fresques portant les attributs de Diane de Poitiers et de Catherine de Médicis sur les voûtes de la nef. En 1690, le prieuré qui n'accueille plus que huit religieux, est rattaché au Chapître de la collègiale Notre Dame. Les lieux sont désaffectés, une partie de l'église devient un grenier à sel qui sera vendu comme Bien National à la Révolution. Ses deux travées nord sont transformées en chapelle destinée aux utilisateurs des coches d'eau, et sera détruite lors de l'alignement de la rue en 1868. Le prieuré est transformé par divers propriétaires en ateliers, commerces, habitations particulières au XIXème siècle. Les vestiges de l'église sont dégagés en 1974 par la Ville de Melun qui achète l'îlot et réhabilite l'ensemble.

Les coches d'eau

Les coches d'eau, mentionnés à Melun dès 1178, sont le moyen le plus utilisé pour le transport des voyageurs et des marchandises avant le XVIIIème siècle. Les embarquements se font au niveau de la rue du Bac et de l'actuel Boulevard Chamblain. Le halage des coches par des chevaux est remplacé lors du passage des ponts, par le chablage. Le mât de halage du bateau est basculé au passage des ponts grâce au sabot dans lequel il s'articule, et le maître-chableur assure, sur un gros bateau, le remorquage sous le pont. Au XVIIème siècle, le voyage hebdomadaire Paris-Melun dure selon la saison entre une journée à une journée et demie. Au XVIIIème siècle, le coche devient quotidien : départ de Paris à 7h pour Auxerre, Sens, Bray-sur-Seine, Montereau et Nogent-sur-Seine, avec retour le soir. Le trajet Paris-Melun dure environ 12h. La construction des quais en 1836 supprime la contrainte du chablage. La circulation des coches d'eau cesse avec ma concurrence des bateaux à aubes et le percement de la voie de chemin de fer en 1847. Mais le halage se poursuit jusque dans le premier tiers du XXème siècle.

L'Ile Saint-Etienne

L'Ile Saint-Etienne n'a sa forme actuelle que depuis le rattachement en 1860 de la petite île Saint-Nicolas située au bout de sa partie orientale. Une partie de la ville gallo-romaine prend place sur l'île, site privilégié à défendre, mais facilitant également le franchissement du fleuve. Un habitat gaulois fortifié est évoqué sur l'île de Melun par Labienus, lieutenant de César, auteur d'un rapport cité dans la Guerre des Gaules. La portion de rempart mise au jours lors des travaux de terrassement pour la construction de la Médiathèque, certifie l'existence d'une enceinte à la fin de l'époque romaine ou au début du Haut Moyen-Age. Un occupation continue du 1er au Vème siècle est confirmée par les fouilles archéologiques menées en divers points de l'île. Sa disposition est comparable à celle de l'île de la Cité à Paris: délimitée par des fortifications en bord de Seine, elle présente une résidence royale importante dans sa partie occidentale, et un ensemble religieux à l'est. Ce dernier est composé de deux églises dédiées à Notre-Dame et à Saint Etienne, qui semblent exister dès le IXème siècle, d'un troisième sanctuaire dédié à Saint Laurent, situé au nord de la Collègiale Notre-Dame, et d'un hôtel-Dieu Saint Nicolas dont la chapelle flanque Notre-Dame au sud, comme à Paris. Entre ces deux ensembles, le prieuré Saint-Sauveur est mentionné dès le début du XIème siècle. Le site exceptionnel de l'île Saint Etienne a accueilli au fil des siècles, le centre religieux et politique, puis le pôle économique (silos de Melun de 1934 à 1994), et culturel (Musée, Université, Médiathèque) de la ville, se présentant suivant les époques tantôt comme un univers clos, tantôt comme un passage entre deux rives.

Le château

Témoin du séjour des rois depuis Robert le Pieux (970-1031), le château de Melun est une résidence royale d'importance. Les Capétiens, Philippe-Auguste, Louis IX, Philippe le Bel ou Charles V y demeurent souvent et veillent à son entretien. Situé à la pointe occidentale de l'île, il affirme la situation stratégique de Melun. C'est tout d'abord une résidence assez sobre (corps de bâtiment rectangulaire en pierre, chapelle et annexes en bois, granges, caves, et ateliers pour l'entretien des armes), protégée sous Philippe-Auguste d'une enceinte terminée à l'ouest par une tour d'angle, comme au Louvre et à Montléry. Sur le sceau du Bailliage de Melun (XVème siècle) le château est pourvu d'un donjon, de logis, de bâtiments pour la garnison et l'artillerie, d'une prison gérée par des officiers royaux, ainsi que la chapelle dédiée à Saint Vincent. Une partie du Trésor royal y est transporté au XIVème siècle. Tombé en désuétude à partir du XVIème siècle, il est démantelé en 1696 lorsqu'une autorisation royale permet aux échevins de vendre la toiture, les matériaux des combles et du donjon pour restaurer le pont. Propriété municipale en 1737, le château est transformé en 1743 en bureaux des coches et écuries pour les chevaux de halage. Sa démolition se poursuit jusqu'en 1833.

Les moulins sur la Seine et les bateaux-lavoirs

Dès le Moyen-Age, des moulins s'installent sur la Seine à Melun. Les moulins-pendants bâtis sur pilotis, sont accrochés aux ponts au-dessus de la Seine. Ils obstruent certaines arches, raison pour laquelle le service de la Navigation décide de leur suppression en 1838. Sur le grand bras ils sont placés sur le Pont-aux-Moulins. Le moulin Saint-Sauveur est relié à l'île par une galerie couverte. Il n'est pas destiné à moudre le grain, mais il sert au foulage des draps. Propriété du prieuré, puis des chanoines de la collégiale Notre-Dame, vendu comme Bien national en 1790, il est le dernier moulin sur la Seine à disparaître en 1838. En aval, apparaissent les moulins-bateaux (pour moudre le grain), tels le moulin Landry construit en 1800. Ces bateaux à fond plat avec roues à palettes sur le flanc sont supprimés en même temps que les moulins-pendants. Sur le petit bras, deux moulins-bateaux existaient en aval du "Pont aux Fruits. La foudre, a raison du dernier en 1836. Les bateaux-lavoirs situés le long de la berge, quai de la Reine Blanche et quai de la Courtille, font leur apparition au début du XIXème siècle. Ils sont utilisés jusque dans les années 1940.

Le "Pont-aux-Moulins"

Situé sur le grand bras de la Seine, le "Pont-aux-Moulins", bâti au XIIème siècle, porte déjà des moulins pendants au XIIIème siècle. Les Moulins "de l'Oyselet" et de Saint-Père perdurent jusqu'en 1837. Le moulin de Notre-Dame est emporté par la débâcle de l'hiver 1788-1789. Celui de l'abbaye de Barbeau, qui gêne la circulation en raison de sa position sur la maîtresse arche, est détruit en 1587. La tradition populaire attribue la qualité des anguilles de Melun, fort réputées, au fait qu'elles pouvaient consommer la farine tombée des moulins établis sur le pont. Ce dernier est restauré en 1769 à l'aide de matériaux provenant de la démolition partielle du château. En 1814; le service du Génie fait sauter une pile pour protéger la retraite des armées françaises. Une travée comble la brèche et les arches sont renforcées à l'aide de cintres en bois en 1821. En 1830, les glaces provoquent la rupture du pont qui est remplacé par un pont suspendu en bois avec une seule pile au centre, mis en service en 1837. Un nouveau pont en fer lui succède en 1871. Le Génie militaire le détruit pour retarder l'avance des Allemands en 1940. Après les bombardements de 1944, les américains jettent un pont provisoire en amont de l'ouvrage détruit pour le passage des véhicules, et une passerelle métallique en aval, pour les piétons. Ces ouvrages sont restés en service jusqu'à l'inauguration du "Pont Maréchal Leclerc" en 1950.

La place Chapu

Les bâtiments destinés à recevoir la Cavalerie sont édifiés de 1778 à 1780 dans la paroisse Saint-Ambroise, sur les terrains libérés par les monastères des Ursulines et des Visitandines. La caserne Augereau occupe six hectares au moment de sa démolition pour cause d'insalubrité en 1904, lorsque l'on ouvre deux nouvelles casernes dans le faubourg Saint-Barthélemy. Seul le manège de Cavalerie, transformé en Salle des fêtes, subsiste jusqu'à sa destruction en 1973 pour le réaménagement de la place Chapu. La statue en marbre "Jeanne d'Arc écoutant ses voix" est une copie de l'oeuvre très populaire exécutée en 1870 par le sculpteur Michel-Henri Chapu (1833-1891). Président de l'académie des Beaux-Arts, l'artiste natif du Mée-sur-Seine est également l'auteur du médaillon en bronze représentant Jeanne d'Arc apposé au chevet de l'église Saint-Aspais en 1868.

Le four "du manège"

La fabrication de poteries est à l'époque romaine une occupation quotidienne. Trois fours de potiers gallo-romains, de forme circulaire, ont pu être partiellement étudiés à Melun. Seul, le four "du manège" découvert place Chapu à l'emplacement du manège de Cavalerie démoli en 1973, a pu être conservé, restauré, puis remonté dans le jardin Notre-Dame par le Groupement de Recherche Archéologique Melunais. Sa fouille en 1974 a livré 60kg de céramique dont des petites cruches et vases de stockage caractérisés par une pâte assez fine, rose à l'intérieur, beige-orangé à l'extérieur. Il semble avoir été utilisé au IIIème siècle. Les productions des fours partiellement mis au jour rue Aujereau en 1974 (four dit "des maréchaux") et rue Albert Moreau en 1976 sont attribuées à la seconde moitié du IIème siècle.

La collégiale "Notre-Dame"

Classée monument historique en 1840. Le roi Robert le Pieux fonde la collégiale Notre-Dame, construite à l'emplacement d'un édifice plus ancien vers 1016-1031 et y installe une communauté de chanoines. La nef, avec ses grandes arcades et ses fenêtres hautes, est exécutée en un seul jet. L'édifice est couvert d'une charpente, des tours encadrent la naissance du chevet dès le début du XIème siècle, comme à Saint-Germain des Prés. Le choeur est à nouveau édifié à partir de 1161 et consacré en 1198. Les parties hautes de la nef et du chevet sont ornées d'une série de chapiteaux sculptés de bouquets de palmettes et de sirènes-oiseaux typiques du premier art gothique (Sens, Saint-Germain des Prés). La tour sud est restaurée entre 1515 et 1524. L'emblème de François 1er, la salamandre, est encore visible face ouest, ainsi que l'initiale de la reine Claude de France. La restauration de la façade est de cette époque. Le portail à niches est cité par Auguste Rodin comme "d'une grâce infinie". Les chanoines sont dispersés en 1790, les flèches sont déposées et la rose occidentale murée. La collégiale devient un entrepôt et une salle de réunion, avant d'être rendue au culte et érigée en église paroissiale en 1796. Elle est dégagée en 1850 de l'enceinte de la prison dans laquelle elle était enclavée depuis 1811. Lors des restaurations menées de 1853 à 1859, les tours sont remontées et à nouveau couvertes de flèches.

Les ponts et moulins sur l'Almont

La vallée de l'Almont a accueilli cinq moulins. Les Moulins d'En Haut , du Milieu et d'En Bas sont à l'origine du toponyme local « Trois-Moulins » au Nord-Est de la Ville. Le premier, cité dès 1285, est un moulin banal à moudre le blé. Les deux autres sont des moulins privés servant à fouler les draps jusqu'à leur conversion en 1678 en moulins à blé. Le moulin du Milieu est entièrement détruit par un incendie en 1941. Sur l'Almont, le moulin Farineau, situé au pied de la côte de Bellevue, est transformé en 1887 en scierie mécanique, avant d'être abandonné. Le moulin du roi nommé Poignet , un des plus importants, dont une partie des bâtiments subsiste, est situé à l'embranchement des rues Bancel et de Trois-Moulins. Possession royale citée dès 1146, il est vendu en 1594 sur décision d'Henri IV au Gouverneur de Melun M. de La Grange. Converti en laiterie par l'écrivain Henri de Monfreid au début du XXème siècle, il sert ensuite de fabrique de pains de glace à la famille Barbier.

Les fortifications au Moyen-Age

Centre administratif (chef-lieu de Bailliage puis d'Election) et de ravitaillement, lieu de résidence des rois de France, Melun est la seconde ville royale sous le règne de Philippe le Bel (1284-1314). L'île, dont une partie est occupée par l'enceinte du château, est fortifiée en premier. De nouvelles fortifications sont élevées entre 1205 et 1212 sous Philippe-Auguste, délimitant trois quartiers entourés de murailles bordées de fossés : Saint-Aspais sur la rive droite (la moitié de la population de la ville au Moyen-Age), Saint-Etienne dans l'ile, et Saint-Ambroise au sud. Les fortifications des quartiers Saint-Ambroise et Saint-Aspais sont renforcées au XVème siècle. Trois faubourgs se dessinent également : Saint-Liesne à l'est, Saint-Barthélemy à l'ouest, et le Vieux Marché au nord. La restauration de l'ensemble des fortifications commandée par Henri IV au Capitaine Ambroise Bachot est partiellement réalisée de 1593 à 1597. On fortifie les portes et on crée des bastions avancés. La destruction des fortifications commencée au XVIIIème siècle avec le comblement des fossés, la démolition des portes, et l'aplanissement des bastions, est achevée en 1851. Le nom de certaines rues porte encore le témoignage des fortifications de Melun : rues de la Contrescarpe, de l'Eperon, ou des Fossés.

La fontaine Saint-Jean

La fontaine Saint-Jean est inaugurée en 1864 grâce à la somme offerte par Henri Lainville, natif de Melun, qui choisit la place aménagée en 1737 pour l'installer. Cette fontaine inspirée du style Renaissance est exécutée par le sculpteur et orfèvre Jean-Baptiste Klagmann (1810-1867), et le fondeur Durenne. Klagmann est l'auteur de nombreuses sculptures décoratives à Paris, telle la fontaine de la place Louvois, réalisée en 1839, qui présente des traits communs avec la fontaine Saint-Jean : elle est en fonte de fer, constituée de deux bassins superposés, ornée de figures symbolisant des fleuves français, et possède un décor de masques et de têtes d'animaux. Les trois statues allégoriques, dans la partie supérieure de la fontaine Saint-Jean, représentent les trois fleuves arrosant le département : la Seine (portant une corne d'abondance), la Marne (tenant une faucille et des épis de blé), et l'Yonne (tenant une rame). La création de quatre bornes-fontaines d'angle fournissant de l'eau aux habitants était une condition au don d'Henri Lainville. Le projet représentant des enfants est exécuté en 1866 par le fondeur Ducel, qui reprend les génies ornant le tombeau du coeur de François II (Basilique de Saint-Denis). La fontaine était alimentée par les eaux de la source Saint-Liesne avant de recevoir l'eau de la ville en circuit continu.

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